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Décoder Euromed -(saison 2)

Les articles d’un blog restent comme un témoignage à un instant donné : d’une situation, d’événements, de réflexions, de perceptions et de sentiments divers. On peut choisir soit de les mettre à jour, soit d’en conserver l’intégralité et de reprendre le sujet là où on l’avait laissé.
Lorsque je reprends ce que j’ai écrit il y a un an et demi sur un « décodage » de mon quartier qui me semblait nécessaire, je m’aperçois que j’ai peu ou prou gardé le même avis sur la véracité – ou pas – des lieux communs qu’on nous égrène à longueur de journée sur Euroméditerranée. Mais cela ne veut pas dire que rien n’a changé.

Il n’y a que des bureaux

Cette affirmation reste fausse. Dans le périmètre du quartier d’affaires j’ai vu construire autant d’immeubles de logements que de bureaux. Mes échanges réguliers avec mes amis de « Smartseille » sur Euromediterranée 2 me laissent par ailleurs penser qu’il y a un réel intérêt à mixer bureaux et logements sur un même îlot. En dehors des effets économiques et de l’animation indéniable que cela peut procurer en semaine, cela permet également de partager avec les entreprises présentes les charges d’aménagements collectifs qu’une copropriété résidentielle seule ne pourrait assumer. Reste à voir quel sera l’impact à long terme de la crise sanitaire sur la demande en immobilier d’entreprise dans le quartier.

Il n’y a pas de commerces

Cette affirmation reste exagérée stricto-sensu. En ce qui concerne les commerces de bouche (ceux que les habitants réclament en premier), l’année 2019 a vu l’ouverture d’une boucherie et d’un primeur rue de la République, la présence d’un marché de producteurs tous les mardis après-midi place de la Joliette, et une boulangerie et une supérette devraient ouvrir bientôt en bas d’un immeuble neuf du boulevard Mirabeau. En dehors de cela les nouveaux établissements relèvent pour l’essentiel d’une restauration rapide plutôt attrayante, mais qui fonctionne elle aussi surtout grâce aux salariés des bureaux. De nombreux locaux commerciaux en bas d’immeubles restent par ailleurs toujours inoccupés, les gestionnaires de ces biens semblant peu se préoccuper du rapport entre les prix au m2 qu’ils pratiquent et la rentabilité potentielle du lieu pour les commerçants, une fois les coûteux travaux d’installation réalisés.

Il n’y a pas d’espaces verts

Cela reste plutôt vrai et surtout mérite d’être repris à la lumière d’événements qui témoignent des difficultés chroniques liées à l’ouverture pérenne d’espaces verts dans le quartier.

Dans un article publié en mai 2019 j’évoquai la fermeture au public du « Jardin d’Arenc » un mois après son ouverture, et malgré de vagues promesses d’intervention d’Euroméditerranée il y a plus d’un an, nous en sommes toujours au même point.

Article paru dans « La Provence » du 5 juin 2019

Quant à l’ouverture imminente du parc urbain de la Porte d’Aix (ou parc urbain de la ZAC Saint-Charles) que je mentionnai également dans mon article, la première tranche du parc ouvrit bien en juin 2019 mais ferma elle aussi deux mois plus tard, la ville déclarant ne pas être en mesure de gérer cet espace. Depuis le sujet a été enterré et vient seulement d’être repris en main par la nouvelle équipe municipale à l’occasion de la livraison de la deuxième tranche du parc par Euroméditerranée à la ville. Le parc tel que livré n’est cependant toujours pas prêt pour l’ouverture.

Beaucoup de retard a également été pris sur la réalisation du Parc Bougainville, dont le projet validé après de nombreuses concertations devait être présenté aux habitants par Euroméditerranée en début d’année. Le permis d’aménager vient d’être accordé mais il reste encore un certain nombre d’étapes administratives à franchir, notamment pour pouvoir démolir l’ancienne fourrière afin de démarrer les travaux d’aménagement du parc au deuxième trimestre 2021 (ou du moins on l’espère !). La réunion de présentation au public aura lieu dès que ces dates de démarrage effectif des travaux seront définitivement calées.

Que les militants tout verts ou se présentant comme tels me pardonnent donc de ne pas leur emboîter le pas à chaque pétition demandant de remplacer les projets immobiliers quels qu’ils soient par un jardin public (dont l’hypothétique construction serait financée on ne sait comment). Il y a en revanche sûrement moyen d’améliorer encore la végétalisation de nos rues, places et promenades, ce qui évitera peut-être aussi que les automobilistes ne nous les confisquent en s’en servant systématiquement comme parkings.

Il n’y a pas d’équipements sportifs

Cette affirmation reste elle aussi plutôt vraie. Cinq ans après sa fermeture, le stade Charpentier totalement rénové, adossé à un nouveau gymnase, ne devrait cependant pas tarder à rouvrir. Et en améliorant les horaires et la facilité d’accès aux petits et grands équipements existants, peut-être va-t-on arriver à proposer enfin une offre sportive décente, sinon olympique, aux habitants de ce quartier.

On exproprie des gens pour construire du neuf

Le programme d’Euroméditerranée 1 touchant à sa fin le sujet n’est plus vraiment d’actualité sur ce périmètre. Les négociations se poursuivent en revanche sur Euroméditerranée 2 avec les professionnels et les particuliers concernés.

On ne construit pas d’écoles

C’est toujours faux mais… le triste exemple des écoles Ruffi nous a montré que construction de nouvelle école ne rime pas forcément avec résolution des problèmes. La question d’un accès équitable à ces nouveaux établissements doit donc être surveillée en parallèle à leur construction. Côté calendrier, les retards dûs au Covid (et autres) ont repoussé l’ouverture d’Antoine de Ruffi à janvier 2021, tandis que les dossiers pour la maîtrise d’œuvre de l’école des « Docks Libres » rue Caravelle ont été reçus fin 2019. Les candidats n’ont plus eu de nouvelles depuis…
Le sujet des écoles étant la priorité de la nouvelle municipalité, on peut ici espérer que les choses avancent enfin à un autre train que celui de certains sénateurs.
Quant à la Cité scolaire internationale, à présent annoncée pour 2024 et déjà fort coûteuse pour la Région, elle ressemble de plus en plus à une de ces « Arlésiennes » marseillaises à rajouter à la liste.

C’est mort le soir

Cela reste plutôt vrai mais nombre d’habitants semblent aussi apprécier ce calme nocturne. Comme partout, la longue fermeture des lieux culturels et festifs vers La Joliette et au-delà a cependant été bien triste pour ceux qui avaient l’habitude d’en profiter. Beaucoup espèrent également voir un jour émerger un projet culturel et/ou socioculturel plutôt que de nouveaux immeubles à la place du Dock des Suds, le tout étant de trouver le juste équilibre entre animation et nuisances, notamment sonores, dans un quartier très habité.

C’est un quartier de riches

Est-ce la fin d’un mythe ? En tout cas cette fausse affirmation semble avoir disparu des idées toutes faites sur le quartier, et plus grand monde n’est dupe des rêves de grandeur de certains, comme en témoigne l’interminable commercialisation de deux tours résidentielles à plus de 7 000 euros du m2 : la Porte Bleue (en construction) et la H99. A ce prix là on pourrait effectivement imaginer un environnement plus accueillant en bas de chez soi, et accessoirement ne pas souhaiter se retrouver coincé entre deux passerelles d’autoroute.

C’est la zone

Sans aller jusque là, je me vois contrainte de faire passer cette affirmation du statut de « fausse » à celui de tout juste « exagérée ». Si l’environnement reste relativement calme, les appartements et parkings des nouveaux immeubles sont en effet régulièrement visités et parfois squattés, contraignant les propriétaires et les bailleurs sociaux à renforcer les barrières à l’entrée. Dommage.

On ne peut pas s’y garer

Cette affirmation reste fausse (ce qui n’empêche pas de déplorer que la plupart des parkings continuent à pratiquer des tarifs excessifs). De récentes campagnes de verbalisation et de mise en fourrière ont produit quelques effets mais il semble que certains continuent à vivre les larges trottoirs et les accès réservés aux pompiers comme des espaces insupportablement vides. Ces espaces pourtant, surtout lorsqu’ils sont plantés, permettent de donner un peu de respiration au quartier et de circuler agréablement à pied, ou à vélo sur les bandes cyclables lorsqu’elles existent. Au fait n’oubliez pas que notre quartier est probablement le mieux desservi de tout Marseille en transports en commun 😀

C’est plus propre qu’ailleurs

Même si comme ailleurs dans Marseille nous avons constaté une dégradation des services de la Métropole Aix-Marseille-Provence cet été, cette affirmation reste plutôt vraie et les efforts à réaliser concernent davantage les habitants qui refusent obstinément de déposer leur déchets dans les bacs prévus à cet effet ou de contacter Allô Mairie pour faire enlever leurs encombrants.

C’est le seul endroit où la voirie est bien entretenue

Cela est toujours faux et je n’ai malheureusement rien de positif à ajouter depuis l’année dernière : le quartier ne fait toujours pas exception à la piètre gestion de la voirie marseillaise par la Métropole. On peut également regretter le choix bas de gamme des revêtements posés sur les voies requalifiées par l’aménageur.

C’est moche

Et oui, le goût de chacun restera à jamais le goût de chacun… Je remarque cependant incidemment que les milliers de critiques négatives sur la tour « La Marseillaise » sont passées de « on dirait qu’elle n’est pas finie » à « on dirait que du sang coule dessus » : comme quoi le goût n’est finalement pas si personnel que ça.

Et pour conclure, je ne désespère par de voir Euroméditerranée publier à nouveau des infos intéressantes sur ses comptes plutôt que des photos piquées sur Instagram, et songer éventuellement à mettre son site web à jour. Car communiquer sans informer, c’est aussi laisser le champ libre à toutes les contre-vérités.

2 réponses sur « Décoder Euromed -(saison 2) »

Merci. Effectivement ça fait partie des « lieux communs » en perte de vitesse : même en étant de très mauvaise foi c’est difficile de nier que les problèmes de Marseille sont davantage liés à la dégradation de ses quartiers qu’à leur montée en gamme…

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