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En passant par Chalucet

Puisque nous voici à nouveau confinés, je vais exceptionnellement en profiter pour sortir de mon périmètre de prédilection et vous parler du nouveau quartier Chalucet à Toulon, dont deux bâtiments emblématiques ont été inaugurés ce mois-ci.

Loin de moi l’idée de vouloir comparer ce qui est incomparable : la ville, le département, la métropole sont différents, et bien sûr notre sacro-sainte marseillologie ne tolère aucun rapprochement… Reste que Toulon est une ville portuaire à moins de 70 km d’ici, et qu’elle fait elle aussi l’objet depuis des années d’importants travaux de rénovation financés par les collectivités, l’Etat et le secteur privé.

A l’extrémité nord de la rue Chalucet, le nouveau bâtiment des Beaux-Arts dialogue avec le XIXe siècle – © C. Chamarat 2020

Après une rénovation du centre ancien plutôt réussie, les travaux du centre ville de Toulon se sont poursuivis ces dernières années plus au nord vers la gare avec le quartier Chalucet, presque terminé, et le projet Montety, en début de réalisation. Les deux quartiers seront à terme reliés par une passerelle piétonne.

Que l’on y entre par le bas du jardin Alexandre 1er au sud, par le nouveau bâtiment des Beaux-Arts au nord, ou par les axes latéraux qui prolongent les rues avoisinantes, ce qui frappe avant tout à Chalucet c’est sa lumière, généreuse sans pour autant être éblouissante.

La chapelle de l’ancien hôpital Chalucet et l’aile droite on été conservées tandis que l’aile gauche a été reconstruite
© C. Chamarat 2020

Elle se faufile entre les centaines d’arbres et de plantes du jardin rénové et prolongé, se reflète dans les bassins qui scandent la montée vers des bâtiments de hauteur croissante, magnifie les statues qui ont retrouvé leur blancheur de pierre du Revest.

C’est de cette même carrière du Revest qu’a été extrait le sable clair qui, mélangé à de l’eau et au substitut de ciment « Ecocem », a servi a fabriquer le béton brut de la plupart des nouvelles constructions sur lesquelles vient subtilement se poser la lumière… (pour ceux qui me connaissent : ça m’a réconciliée avec le béton brut 😊).

Dans le bas du jardin Alexandre 1er, la statue de Pierre Puget a retrouvé son éclat
© C. Chamarat 2020

Niché entre un quartier haussmannien à l’est et un quartier du XXe siècle à l’ouest, Chalucet a conservé le meilleur de son histoire (les jardins, l’ancienne chapelle de l’hôpital Chalucet et une partie de ses bâtiments) tout en accueillant trois nouveaux édifices résolument modernes, tant par leur architecture que par leur fabrication. Et de l’avis qui semble partagé par le plus grand nombre, le mélange est harmonieux.

Corinne Vezzoni, architecte mandataire qui a assuré la maîtrise d’œuvre de l’ensemble, reconnaît qu’il n’est pourtant pas aisé de coordonner cinq maîtres d’ouvrages différents sur cinq bâtiments différents plus un jardin, chacun avec son agenda et ses priorités. Elle loue ainsi sincèrement la volonté politique, la confiance et l’appui du maire et président de la métropole et de ses équipes « Des personnes positives, enthousiastes, sans lesquelles il n’aurait pas été possible de jouer cette partition. » (Chalucet, en pays(age) de connaissance, p. 24).

En remontant les plateaux successifs qui marquent la pente du bas du jardin jusqu’au bâtiment des Beaux-Arts et permettent le ruissellement et la récupération des eaux de pluie, on arrive tout d’abord devant l’entrée de l’ancienne chapelle de l’hospice construit en 1694 et devenu l’hôpital Chalucet. Edifié grâce à l’évêque de Toulon, ce fameux (Bonnin de) Chalucet, dont la rue à l’est porte aussi le nom, sa chapelle sert à présent de lieu d’exposition. L’aile gauche, bombardée par les alliés en 1944, a été reconstruite et agrandie pour abriter la médiathèque. Le bâtiment comprend également un auditorium et côté droit un « café culturel » agrémenté d’une jolie terrasse qui donne sur le jardin – et sur une œuvre d’art du 1 % de la commande publique que je m’abstiendrai ici de commenter.
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Toulon. Architectes : Vezzoni et Associés/Agathe Muller/Axel Maire

A gauche de la médiathèque, plusieurs bâtiments de l’ancien hôpital sont en cours de rénovation et vont abriter une partie de la Délégation aux solidarités du Conseil départemental du Var (site dit « Carnot », du nom de l’avenue où se trouve l’entrée). Ce site sera complété par un deuxième, rue Vincent Allègre, de l’autre côté de l’avenue.
Maîtrise d’ouvrage : Conseil départemental du Var. Architectes : Vezzoni et Associés / Thomas Béroud (Allègre) – Devillers et Associés (Carnot)

L’ancien kiosque à musique réhabilité – © C. Chamarat 2020

A droite, du côté de la rue Chalucet et après la « terrasse des orangers » se trouve la Maison de la Créativité. Elle abrite du rez-de-chaussée au deuxième étage le nouveau campus toulonnais de la Kedge Business School qui accueille des post Bac et des Bac+2 pour des formations débouchant sur un master ou une licence en management.

Au troisième étage se trouve le centre d’enseignement toulonnais du Conservatoire National des Arts et Métier PACA, et aux quatrième et cinquième étages une nouvelle école Camondo. Après l’école d’architecture d’intérieur et de design créée à Paris il y a 75 ans, l’école toulonnaise a pris le nom d’école Camondo Méditerranée. Le diplôme est le même qu’à Paris mais les enseignements sont adaptés au contexte méditerranéen : Pôle Mer, design intérieur-extérieur,… Ici pas de salles de classe mais d’immenses plateaux modulables où les étudiants ont tout ce qu’il faut sous la main pour donner libre cours à leur créativité, sous la conduite attentive de l’équipe pédagogique.
Maîtrise d’ouvrage : Chambre de Commerce et d’Industrie du Var. Architectes : Vezzoni et Associés – Devillers et Associés.

Favorisant la densité afin de répondre aux besoins en logements tout en préservant les espaces verts, l’immeuble baptisé La Voile Blanche s’étend sur 80 mètres de long et neuf à dix étages de haut à l’arrière de la médiathèque, sans pour autant obstruer le quartier : une prouesse. Il comprend 165 logements dont 50 logements sociaux. Incurvée à l’ouest, cette « Voile Blanche » épouse la forme de la rue elle-même réminiscente de l’empreinte des anciens remparts qui ont également inspiré la forme du magistral et dernier bâtiment au nord du quartier Chalucet : Les Beaux-Arts.
Maîtrise d’ouvrage : Icade Promotion. Architectes : Vezzoni et Associés Kristell Filotico.

Suspendre une école des Beaux-Arts en béton brut dans les airs : voilà mon résumé du challenge auquel s’est attaqué Corinne Vezzoni avec ce bâtiment « totem » du quartier qu’il est bon d’observer sous tous les angles. Ses plis tranchés à la base épousent la forme et la hauteur des remparts disparus et autorisent un accès direct et comme intime au quartier. Cette architecture ne permet cependant pas au bâtiment de reposer sur son socle et exige la suspension de sa partie avant par des tirants.

Dans cette construction unique évoluent du rez-de-chaussée au sixième étage les étudiants de la plus que centenaire Ecole Supérieure d’Art et de Design de Toulon Provence Méditerranée (ESADTPM).

L’école propose également toute l’année des ateliers d’art ouverts au grand public ainsi qu’une bibliothèque spécialisée (située dans la médiathèque). Aux deux derniers étages se trouve l’Agence de Développement Economique de la métropole TVT Innovation.
Maîtrise d’ouvrage : Métropole Toulon Provence Méditerranée. Architectes : Vezzoni et Associés / Marie Lafond.

Vue du jardin et de la rade de Toulon depuis la Maison de la Créativité – © C. Chamarat 2020

Ce quartier ne me touche pas seulement parce que je le trouve à la fois beau, utile et harmonieux dans sa requalification, mais parce qu’il est « moderne » sans être prétentieux, accueillant sans aller chercher midi à quatorze heures, et parce que la complexité y est rendue simple plutôt que la simplicité complexe. Il semble également rencontrer un franc succès auprès de tous types de publics, heureux d’avoir un Chalucet pas trop loin de chez eux, voire en pied d’immeuble.

Enfin, pour une raison qui n’échappera à aucun Marseillais, j’apprécie particulièrement ce petit mot de la directrice de l’agence HYL qui a si bien oeuvré à la restauration du jardin.

Voilà pour ce petit tour virtuel des lieux : j’espère qu’il vous aura fait prendre l’air et donné envie d’aller y faire bientôt un saut déconfiné — vous me direz ce que vous en pensez.

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