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Arenc, quartier souhaité (1/4)

Après trois ans passés à explorer le présent d’Euroméditerranée et autres sujets connexes, je saisis l’occasion d’un travail que j’ai effectué dans le cadre d’un Master en urbanisme pour vous parler du passé d’Arenc.
Que les vrais historien(ne)s me pardonnent par avance mes éventuelles erreurs et n’hésitent pas à me les signaler : les sources sont parfois contradictoires et n’étant qu’amateur je n’ai peut-être pas toujours bien compris ou fait les bons choix.

Arenc, de quoi parle-t-on ?

Les origines

Aren, Arin, Arene, Arens, Areno (provençal : sable), Arena (occitan ou latin : sable)… on trouve dans la littérature et sur les illustrations anciennes un certain nombre d’appellations se référant à ce quartier avant qu’il ne devienne officiellement l’un des
111 quartiers de Marseille en 1946. Et même si l’origine du nom « Arenc » comme découlant de de « arena » / sable est aujourd’hui la version la plus communément citée, il semble ne jamais y avoir eu de consensus entre les étymologistes. Alfred Saurel conclut par exemple en 1878 : « Nous ne sommes pas en état de retrouver la véritable [étymologie] et nous déclarons laisser ce soin à de plus habiles ou à de plus ingénieux que nous… ».

Le rivage d’Arenc entre la Joliette et le cap Janet, sur la carte de Cassini en 1744 et aujourd’hui sur la carte IGN (source : remonterletemps.ign.fr)

Une chose est sûre : il y avait bien une plage de sable à cet endroit. Si la carte de Cassini (1744) ne fait mention que de la « batterie [de canons] du Cap d’Aren » on retrouve mentionnée noir sur blanc la « plage d’Arens » sur une carte de 1700. En 1820, cette plage devient même la première plage de Marseille accessible et non polluée. Ce que le
Pr Georges François appelle « L’épisode des bains de mer à Arenc » va durer jusqu’en 1856, date à laquelle cette plage disparaîtra pour permettre l’extension du nouveau port de la Joliette, avec la construction des bassins du Lazaret et d’Arenc.

« Carte de partie de la baye de Marseille », 1700 (source : gallica.bnf.fr)

Le périmètre

Le périmètre officiel

D’une surface de 21,5 hectares pour son périmètre administratif, l’histoire du quartier d’Arenc est généralement associée à celle des actuels bassins Est du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) qui démarre au niveau du quartier de la Joliette et s’étend aujourd’hui jusqu’à l’Estaque.

Bassins Est de l’actuel Grand Port de Maritime de Marseille. En rose le trait de limite de circonscription du GPMM (source : GPMM)

Il est assez aisé d’identifier les limites administratives d’Arenc car contrairement à beaucoup de quartiers de Marseille ses contours sont à la fois ceux définis dans le dé­coupage des 111 quartiers de Marseille et ceux délimités par l’IRIS. Démarrant juste au-dessus du hangar J0, avant le siège du GPMM, le quar­tier épouse ensuite les contours des parcelles 807 A, B, C, D, E, H, I, K, L du 2e arrondissement pour remonter jusqu’au Cap Janet.

Les accès

Il semble qu’une voie celtique, reliant Marseille à Martigues, ait longé le rivage en passant par Arenc : « L’ancien chemin public qui conduisoit de Marseille à Martigues est presque disparu en entier. Il commençoit au sortir de la Porte Galle, contournoit le rivage de la mer, par les Infirmeries actuelles, Arenc, le Baou des Crotes, Séon, l’Estaque, etc. Des campagnes entières situées sur ce rivage, des tours bâties de distance en distance pour faire le guet, n’existent plus », nous apprend Jean-Baptiste Bernard Grosson, notaire royal, en 1773.

Jusqu’au XVIIIe siècle, la sortie du centre ville vers Aix se fait par la rue du Bon Pasteur. En 1720 est ordonnée l’ouverture d’une voie plus importante, qui deviendra le faubourg Saint-Lazare dit « Grand Chemin d’Aix ». Chemins, routes, voies de chemin de fer et finalement autoroutes viendront au fil des ans ouvrir les accès nord de la ville.

Plan routier de la ville de Marseille en 1791 avec le Grand Chemin d’Aix, qui se prolonge ensuite au Nord vers Arenc (source : gallica.bnf.fr)

Côté sud, le percement de la rue Impériale, aujourd’hui rue de la République, en 1862, sera quant à lui essentiel pour relier enfin directement par voie carrossable le nouveau port et le nouveau quartier au Vieux Port.

Les autres limites

Outre son association fréquente au très connu quartier de la Joliette, la dénomination administrative actuelle du quartier d’Arenc « empiète » largement sur les quartiers arrière : Villette, Saint-Mauront, les Crottes et la Cabucelle, et pas que dans l’imaginaire des habitants.

Pour ne prendre que quelques exemples :

  • l’ancienne avenue d’Arenc est l’actuelle avenue Roger Salengro (Villette, Saint-Mauront, les Crottes) ;
  • le collège Rosa Parks est l’ancien collège Arenc-Blachas (la Cabucelle) ;
  • le centre de bus d’Arenc est au métro Bougainville (les Crottes) ;
  • le bureau de poste d’Arenc est lui aussi au métro Bougainville (les Crottes)…
  • et enfin, le « Parc Habité d’Arenc » de la ZAC Cité de la Méditerranée d’Euroméditerranée 1 s’étend pour les trois-quarts sur le quartier Villette.

Sans qu’il soit facile d’en définir les limites exactes, les cartes nous apprennent que, de fait, le quartier s’étendait à l’arrière de la partie sud de l’actuel périmètre administratif d’Arenc.

Les limites du quartier administratif d’Arenc, vue satellite (source : google.fr/maps)

Sur le tableau d’assemblage du plan cadastral de 1819, il est fait mention du « quartier d’Arenc », curieusement indiqué non pas sur terre mais dans l’anse d’Arenc. Dans le détail de la feuille 14 de la section rurale 6 de ce même cadastre (« Séon Saint-Henri »), Arenc est bien indiqué à l’intérieur des terres, au niveau de la plage d’Arenc.

Feuille 14 de la section 6 du plan cadastral de 1819 (source : cadastre.gouv.fr)

En 1857, Arenc est toujours classé dans les « quartiers ruraux » par « L’indicateur marseillais », mais en 1858 on retrouve dans la section « Administrations » les coordonnées des responsables de la construction des « nouveaux quartiers » de la Joliette, du Lazaret et d’Arenc.

En revanche, sur les plans des 25 quartiers de Marseille de « L’indicateur marseillais » de 1888 on ne trouve plus mention d’Arenc en tant que quartier : le périmètre est inclus dans les quartiers du Lazaret (avec la Joliette), des Crottes et de la Madrague, mais sur ces plans et sur d’autres qui les précèdent, de nom­breuses voies et lieux portent la dénomination d’Arenc : quai d’Arenc, avenue d’Arenc, place d’Arenc, abattoirs d’Arenc…

(source : gallica.bnf.fr)

Sur des cartes du début du XXe on repère le quartier d’Arenc situé entre celui des Crottes et du Lazaret dans un périmètre évoluant entre l’arrière-port de l’ancien bassin d’Arenc et l’arrière de l’ancienne gare ferroviaire d’Arenc (aujourd’hui plateforme logistique Sogaris) rue d’Anthoine. Enfin, sur la carte IGN d’aujourd’hui, Arenc a tout simplement… disparu.

La topographie et la démographie

La topographie du quartier est peu accidentée par rapport au reste de la ville et un coup d’œil suffit pour comprendre que l’extension du port de commerce au milieu du XIXe ait, malgré les oppositions, finalement pris racine du côté nord du Vieux Port, puis au-delà des limites nord de la ville de l’époque

Carte topographique de Marseille et détail de la zone d’Arenc : on voit clairement que le nord de la ville offre un terrain plus propice à l’édification d’une zone portuaire (source : topographic-map)

Le fleuve Caravelle ou ruisseau des Aygalades, qui prend sa source dans le massif de l’Etoile et se jette dans la mer au niveau de l’actuel bassin portuaire d’Arenc, a également joué un grand rôle dans l’histoire industrielle du quartier (au sens large) puisqu’il a facilité l’implantation d’usines consommatrices d’eau comme les minoteries, les huileries, les savonneries, les sucreries…

Sur cette carte de l’extension de de Marseille figure également en filigrane le tracé de la moitié sud de l’actuel bassin de la grande Joliette (source : Musée d’histoire de Marseille)

Sans surprise, Arenc est un quartier peu peuplé (1 650 habitants en 2015 selon l’INSEE) puisque l’emprise du GPMM occupe la plus grande partie des 21,5 ha du quartier et que la SNCF y détient aussi nombre d’installations et de terrains. Que l’on évoque le passé, le présent ou même le futur du quartier, il ne faut donc pas penser seulement aux personnes qui y résident, mais à celles qui y travaillent. Aujourd’hui ces deux types de population sont cependant assez distincts, comme en témoignent les importants flux de passagers qui viennent et repartent chaque jour en voiture ou en transports en commun du nouveau quartier d’affaires d’Euroméditerranée.

Prochain épisode : Histoire d’Arenc en quelques lieux – avant le port de la Joliette


Un grand merci à l’équipe de « La compagnie des rêves urbains » – passionnée comme moi par ce quartier et par Marseille en général – pour ses apports iconographiques sur l’ensemble de ce travail.

3 réponses sur « Arenc, quartier souhaité (1/4) »

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